Se changer soi pour changer le monde !

Se changer soi pour changer le monde

Sans avoir à faire la guerre à la guerre, ni faire pression sur les dirigeants, ni dénoncer les multinationales ; nous pouvons être, à titre individuel, les acteurs du changement, en assumant notre part.

Le changement viendra d’une transformation individuelle et en profondeur des mentalités, des comportements, et de nos rapports aux autres. Par sa puissance, son rayonnement et son potentiel de contagion, elle provoquera une mutation du système de société. Car notre société courra à sa perte si aucun bouleversement n’intervient dans les prochaines années. S’attaquer à ce qui pose problème ne fera pas partie du processus, car les vraies solutions résident hors des problèmes.

Retour à la réalité
Autour de nous, tout, ou presque, nous encourage à somnoler dans notre train-train de citoyen docile. Réveillons-nous. Pour commencer, refusons l’influence des mass médias en nous éloignant, dans la mesure de nos possibilités, de la télévision, la radio, la publicité, les journaux et magazines de masse. Car en nous croyant bon juge, doué d’esprit critique, nous ne stoppons pas réellement leur influence, restant hypnotisés sans en être conscients : invonlontairement manipulés à souhait. Reprenons le temps de vivre, retrouvons notre sérénité, renouons des liens avec notre entourage, et orientons notre énergie vers des activités plus créatives, ludiques, sociales, constructives, épanouissantes. L’information alternative existe via internet, des associations, des conférences, des débats, forums, livres… Cherchons-là, car elle est utile, mais ne nous en gavons pas. Car il n’est pas nécessaire d’être spécialiste et de connaître tous les détails de l’actualité au quotidien, ni de se lamenter en permanence sur ce qui ne va pas, afin d’être efficace pour changer les choses autour de soi. Nous n’atteindrons jamais une connaissance objective de la situation du monde dans lequel nous vivons, mais tentons de comprendre selon nos aptitudes, avec le plus de justesse possible. Cette première étape est indispensable pour reprendre contact avec la réalité, et pour recentrer nos énergies vers plus de cohérence entre qui nous sommes et ce que nous faisons au quotidien.

Consomm’acteurs
En parallèle, faisons évoluer nos comportements de consomm’acteurs dans tous les domaines de notre quotidien : l’énergie, l’eau, le papier, l’alimentation, sa provenance et son emballage, l’habillement, le transport, l’épargne, les loisirs, nos références en termes de cadeaux, fêtes, collections, vacances, etc. Tout peut être remis en question, et chacun évoluera à son rythme et à sa manière.

Suivre ou ne plus suivre
Ensuite, nous serons amenés à modifier nos propres modes de pensée, de comportement, nos rapports aux autres. En effet, nous pouvons, à notre échelle, arrêter de participer à un système auquel nous n’adhérons pas, en refusant de fonctionner selon la logique et les valeurs qui lui permettent de se perpétuer, et en tout premier : sa violence. Car, influencés depuis si longtemps par le système dans lequel nous vivons, et de façon si massive, nous l’avons finalement intégré sans même nous en apercevoir. Et bien souvent, nous sommes incapables de faire la différence entre les valeurs résultant du conditionnement et nos valeurs propres. Quand nous dénonçons un problème extérieur à nous, bien souvent nous proposons une solution tout aussi problématique, car cette solution répond à la même logique que celle du problème dénoncé (faire la guerre à la guerre, utiliser le rapport de force). Nous avons intégré les modèles imposés : intellectuellement, mais également psychologiquement et même physiquement. Nous suivons la mode, jetons presque tout ; tout doit aller vite, être automatisé. Et par dessus tout, nous sommes devenus incapables de réfléchir par nous-mêmes, en particulier sur les sujets qui nous concernent directement, convaincus que les personnes médiatisées ou diplômées, qui nous sont présentées comme des spécialistes, savent mieux que nous-mêmes ce qui est bon pour nous. Nous en sommes arrivés à suivre un système de valeurs que, au fond de nous, nous réprouvons ; influencés que nous sommes par une opinion commune rarement contredite. Et quand nous avons le moindre doute, l’idée d’être seul contre tous à oser désirer autre chose, nous conduit inexorablement à la conclusion que nous sommes impuissants et ne pouvons donc plus que laisser faire.

Cette prise de conscience est l’élément clé du processus de transformation, sans elle, rien ne changera vraiment. Mais nous pouvons nous réapproprier nos capacités intellectuelles, réapprendre à écouter notre coeur, à faire confiance à notre bon sens et à notre intuition. Nous intégrerons d’autres références en développant des alternatives culturelles permettant, dans un premier temps, de vivre dans un monde décadent, sans y participer activement. Nous rétablirons notre cohérence en ne nous limitant pas à agir à l’extérieur de nous, mais en travaillant aussi sur nous-mêmes. Ne quittons pas un modèle auquel nous voulons refuser de coopérer, pour entrer dans un nouveau moule. Mais retrouvons notre réelle authenticité, en tirant les leçons de nos expériences.

à plusieurs c’est possible
Bien qu’individuel, ce chemin nécessite le soutien d’autres gens autour de nous. Redéveloppons l’entraide, la solidarité ; favorisons les échanges d’informations, de conseils, de services et de biens ; améliorons nos capacités à communiquer et la qualité de nos relations. Les réseaux, associations qui peuvent être le cadre de cette solidarité, existent déjà. Internet peut être d’une aide considérable pour mettre en réseau toutes les initiatives. Pour répandre ces changements, il faudra apprendre à témoigner, rayonner, faire contagion autour de soi. Car l’effet d’une information qui passe dans les médias n’est qu’un feu de paille. En comparaison, l’influence que nous pouvons exercer sur les personnes de notre entourage marquera bien davantage, en semant autour de nous, sans pression, ni manipulation, mais en laissant à chacun la liberté de laisser germer en lui la semence pour que s’épanouissent de nouveaux modes de fonctionnement. Cependant, le fait de rayonner, informer, transmettre, n’a qu’un effet catalyseur sur ces personnes et n’épargne pas le travail à faire par chacune d’elles. Il ne peut que le faciliter, l’accélérer, pas l’éviter.

Cette utopie pourra être notre réalité de demain. Mais sa réussite dépendra de notre motivation et de notre capacité à l’envisager comme possible dès aujourd’hui. Car y croire nous mènera à mieux adapter nos actes à nos objectifs ainsi qu’à mieux rayonner, ce qui nous rendra plus efficace. Et y croire c’est avant tout un choix : celui de nous conformer, d’anesthésier qui nous sommes, d’abdiquer devant nos responsabilités sous prétexte que les autres ne prennent pas les leurs et que cela nous rend impuissant ; ou celui de nous sentir partie prenante dans le monde dans lequel nous vivons, et d’y assumer notre part de responsabilité. Et au même titre qu’un grain de sable peut se transformer en verre, et transmettre la lumière ; en prenant le pari de nous transformer, nous pourrons transmettre le fruit de notre expérience autour de nous.

Il n’y a pas un chemin, il y a 7 milliards de chemins à la mesure de chacun qui choisira de s’y engager.

La part du colibri
Un immense incendie ravage la jungle. Affolés, les animaux fuient en tout sens. Seul un colibri, sans relâche, fait l’aller-retour de la rivière au brasier, une goutte d’eau dans son bec, pour l’y déposer sur le feu. Un toucan à l’énorme bec l’interpelle : “tu es fou, colibri, tu vois bien que cela ne sert à rien”. “Oui, je sais”, réponds le colibri, “mais je fais ma part”…

Claire De Brabander

Source : Agenda Plus, n°162, novembre 2004

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